Quel est votre parcours et comment est née l’idée de création du Mouton Givré ?
Cinthia Born : après des études de couture pour devenir costumière, je me suis mariée avec un éleveur de vaches limousines installé à Reyrevignes dans le Lot. La profession de costumière, avec ses nombreux déplacements, étant difficilement compatible avec le métier de mon mari, je suis devenue commerçante pendant plusieurs années. En découvrant le monde de l’élevage, je me suis rendu compte que la laine n’était pas du tout valorisée. Et je trouvais cela dommage, car dans le secteur du textile, les couturiers recherchent en permanence des tissus de qualité et, malheureusement, ils les font venir de très loin au lieu de s’approvisionner localement. J’ai donc souhaité valoriser la laine qui est produite ici, dans le Lot. La laine étant un excellent isolant, j’ai eu l’idée de créer des sacs isothermes sans plastique ni aluminium. J’ai ensuite fait la connaissance d’Élodie, couturière-costumière depuis 15 ans, et nous avons décidé de créer une entreprise ensemble. Elle, à la couture, et moi, au marketing et au développement. L’entreprise Le Mouton Givré a ainsi vu le jour en septembre 2019. Grâce à un financement participatif sur Ulule, nous avons vendu plus de 650 pièces en quelques jours : une vraie réussite qui nous a permis de lancer notre 1er sac isotherme écologique et zéro plastique « Marguerite ».
Quelle est votre offre ?
C. B. : pour compléter notre offre de sacs isothermes naturels, nous avons lancé « Berte », un sac grand format, puis « Edmond » le sac à dos, « Bertille » le mini cabas et « Lucette » la housse de bouteille. L’isolation de nos sacs se fait par la laine, grâce à un feutre assez épais. Nos sacs gardent ainsi le frais, sans ajout de pain de glace, jusqu’à 6 h, le surgelé pendant 1 h 30 et le chaud entre 3 et 4 heures. Pour l’extérieur, nous utilisons du lin et du chanvre naturel qui permettent la durabilité et la solidité de nos produits.
Quelles sont vos sources d’approvisionnement ?
C. B. : pour la laine, nous gérons toute la filière de valorisation. Au moment de la tonte, elle est récoltée chez les éleveurs locaux, à moins de 20 km de l’atelier, lavée dans le Gévaudan et feutrée dans le Limousin. C’est un circuit très court ! Le lin est produit en Normandie, filé en Pologne et tissé dans les Vosges. Pour le chanvre, il vient de Roumanie car la France a perdu son savoir-faire en matière de transformation de la fibre de chanvre pour le textile. Tous nos produits sont ensuite fabriqués dans notre atelier, à Cambes, dans le Lot. Notre engagement est de créer de l’emploi local, en milieu rural, tout en restant une société à taille humaine.
Qui sont vos clients ?
C. B. : nous commercialisons nos sacs, en très grande majorité, directement aux consommateurs via notre site internet, les foires et salons auxquels nous participons et une boutique à Figeac que nous avons ouverte en collaboration avec d’autres acteurs locaux de la laine. Nous vendons aussi nos produits à des entreprises comme la maison Thiriet, distributeur de produits surgelés, qui commercialise auprès de ses clients nos produits co-brandés. La collaboration de nos deux marques est porteuse de sens car nous avons les mêmes valeurs et le même positionnement, tant au niveau humain qu’écologique. C’est également une entreprise familiale qui commercialise pour l’essentiel des produits français et est attentive à la qualité de notre alimentation. La Maison Thiriet est entrée au capital du Mouton Givré et nous accompagne désormais dans la gestion de notre entreprise.
Nous travaillons aussi avec des producteurs de Champagne qui commandent notre housse de bouteille isotherme. Et, depuis notre passage dans l’émission « Des racines et des ailes » sur France 3 en février dernier, les commandes ont explosé !
Comment gérez-vous ce succès soudain ?
C. B. : ce reportage nous a offert une très belle visibilité et un apport de chiffre d’affaires conséquent. Nous avons écoulé tout notre stock de produits finis en quelques jours. Nos sacs isothermes sont désormais en pré-commande avec des dates de livraison de 3 à 4 semaines.
Nous faisons de notre mieux car nous ne sommes que 5 salariées pour gérer cet afflux de commandes. Nous avons un gros travail de sourcing et de gestion de nos stocks à faire au quotidien pour s’assurer d’être au plus juste de notre production. Entre la crise sanitaire et la crise inflationniste, ces dernières années ont été compliquées. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir trop de stock et de mettre à mal notre trésorerie.
Comment envisagez-vous l’avenir ?
C. B. : notre principal enjeu aujourd’hui est la progression de notre activité et la stabilisation de notre modèle économique. En matière de développement de produits, nous avons de nombreuses idées. De nouveaux produits, toujours à base de laine, vont bientôt voir le jour dans l’univers des arts de la table. Nous développons aussi des produits d’isolation de la maison en vrac pour valoriser le plus de laine possible. C’est une manière saine, durable et écologique d’isoler les bâtis, sans effets nocifs pour la santé.
Nous espérons un avenir radieux pour Le Mouton Givré afin de pouvoir continuer à valoriser toutes ces belles matières présentes sur notre territoire.
Nous voulons travailler autrement, tout en donnant du sens à notre métier, en développant une entreprise à échelle humaine qui respecte les Hommes et notre planète. Malgré les difficultés, il ne faut rien lâcher, jamais ! Et si nous nous y mettons tous, les mentalités changeront, les façons de consommer également. Comme le petit colibri, chez Le Mouton Givré, nous voulons « faire notre part ».
Fiche d’identité Dénomination : Mouton Givré
Activité : fabrication de sacs isothermes en laine
Création : septembre 2019
Effectif : 5 salariées
Web : lemoutongivre.com