Comment a démarré l’aventure Les Sources ?
Jérôme Tourbier : mon aventure entrepreneuriale a démarré il y a plus de 20 ans avec mon épouse Alice qui est aussi mon associée. Nous nous définissons comme des entrepreneurs de l’art de vivre. Après nos études à Sup de Co Bordeaux, nous avons repris la gestion en 2001, puis la gérance en 2004 de notre premier établissement Les Sources de Caudalie situé dans les vignes bordelaises du château Smith Haut Lafitte. Et en 2010, nous procédions à son rachat auprès de la famille d’Alice. Nous avons fait à Bordeaux nos premières gammes en termes de gestion et de commercialisation, et nous avons également cherché à exploiter tout le potentiel du lieu.
Quels changements avez-vous effectué aux Sources de Caudalie ?
J. T. : nous l’avons transformé pour en faire un lieu d’exception. Concrètement, les améliorations successives nous ont permis de gagner une première étoile au guide Michelin en 2010, suivi d’une deuxième en 2015 pour notre table gastronomique La Grand’Vigne, et de recevoir la distinction « Palace » en 2016. Nous sommes très fiers de faire partie des 31 palaces de l’Hexagone. En parallèle, nous avons fait grandir l’hôtel pour passer de 29 à 61 chambres (dont 21 suites), et ce pour des questions de rentabilité. En effet, le « modèle » type Relais & Châteaux historiques avec une taille moyenne de 20 chambres est fragile au niveau financier compte tenu de l’explosion des charges sociales en France, sachant que notre métier est basé sur l’humain. Nous estimons que le point d’équilibre se situe aux alentours de 40 chambres.
Comment définiriez-vous votre positionnement ?
J. T. : notre groupe symbolise l’art de vivre à la française avec la vigne en fil conducteur. Nos établissements sont des lieux d’exception qui mêlent harmonieusement bien-être, gastronomie et patrimoine viticole. En venant dans un de nos établissements, nos clients vont y trouver des chambres 5 étoiles, un restaurant gastronomique, des restaurants plus décontractés (auberge, bistrot), un spa Vinothérapie et une localisation qui va leur permettre de découvrir les plus beaux vignobles de l’Hexagone.
En regardant dans le rétro, quelles erreurs avaient-vous commises ?
J. T. : au démarrage, nous avons voulu imiter d’autres hôteliers. La bascule s’est produite en 2006, date à laquelle nous écrivons notre propre identité de services et les mots que nos clients doivent retenir, à savoir bien-être, générosité, authenticité, exception, émotion. Une autre erreur a été notre première acquisition en 2008, Les Étangs de Corot, pour laquelle nous avons fait un mauvais calcul. On se disait qu’on allait expliquer à nos clients en séminaire la semaine à Ville d’Avray qu’ils devraient venir en week-end à Bordeaux et inversement. Or, cette stratégie n’a pas du tout fonctionné. Nous avons néanmoins doublé le chiffre d’affaires de cet établissement et sa revente en 2019 nous a permis de financer notre investissement suivant. Il nous a fallu cette erreur pour comprendre que le succès commercial de Bordeaux basé sur l’œnotourisme haut de gamme était la voie à décliner.
Quelle est votre ligne de développement stratégique ?
J. T. : notre objectif est d’ouvrir des établissements d’exception dans d’autres régions viticoles pour construire notre offre la « Collection des Hôtels du Vignoble ». Nous recherchons de nouvelles opportunités sur le modèle des Source de Caudalie. À ce titre, notre second projet a vu le jour en Val de Loire en 2020. Nous avons racheté un domaine de 40 ha, rénové le château-hôtel et créé les Sources de Cheverny en en faisant une vraie destination d’œnotourisme.
Vous avez également acquis le groupe Les Grandes Étapes en 2022 ?
J. T. : nous regardions depuis très longtemps ce groupe qui nous faisait rêver. C’était le dernier groupe de châteaux-hôtels qui possédait, parmi ses 5 établissements, 2 châteaux situés dans des régions viticoles extraordinaires : le château de Gilly à côté du Clos Vougeot en Bourgogne et le château d’Isenbourg à la sortie de Colmar en Alsace. Nous avons cédé les 3 autres actifs et nous rénovons actuellement complétement les deux châteaux conservés qui ouvriront sous un nouveau nom : Les Sources de Bourgogne en mars 2026 et Les Sources d’Alsace en septembre 2027.
Quel investissement consacrez-vous à chaque projet ?
J. T. : chaque projet représente un investissement d’environ 25 M€ permettant de couvrir à la fois l’acquisition et les travaux de rénovation. Cette enveloppe nous permet d’envisager un établissement de 50 chambres pour garantir in fine un revenu total par chambre disponible (RevPar) de 500 €.
Comment se décomposent votre activité et votre clientèle ?
J. T. : l’hôtellerie pèse pour 50 % de notre activité, la restauration 40 % et le Spa 10 %. Notre clientèle est à 50 % française et 50 % étrangère, dont un tiers nord-américaine et 10-15 % britannique.
Quels sont vos objectifs de développement ?
J. T. : le groupe Collection des Hôtels du Vignoble comporte désormais 4 établissements avec 2 ouvertures à venir. Avec les Sources de Bourgogne et les Sources d’Alsace, nous ambitionnons de doubler notre chiffre d’affaires pour atteindre les 60 M€ à horizon 2030. Nous privilégions un développement réfléchi où chaque projet doit être ancré dans l’authenticité et l’excellence de l’art de vivre à la française. Nous envisageons également de nous développer en contrat de gestion. Nous regardons actuellement un projet dans le sud de la France et un autre en Italie.
Fiche d’identité Dénomination : Les Sources
Activité : hôtellerie de luxe, restauration gastronomique et spa
Parc : 4 établissements (dont 2 ouvertures à venir)
Chiffre d’affaires : 30 M€ en 2025
Web : sources-hotels.com