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Lors d’une conférence donnée mi-novembre, Alfred Kammer, le directeur de la région Europe du Fonds monétaire international (FMI) s’est inquiété du manque de dynamisme de l’économie européenne et de ses faibles perspectives de croissance dans les prochaines années. Une atonie qui pourrait encore accroître le retard de 30 % existant entre le PIB par habitant des pays de l’Union européenne et celui des États-Unis. En cause, selon le responsable du FMI, une productivité qui s’érode en Europe alors qu’elle se muscle aux États-Unis.
Compétitivité-coût…
Parue au mois d’octobre, une étude de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), baptisée « L’Europe sous contrainte », revient longuement sur les raisons du décrochage européen en termes de compétitivité.
Sur l’évolution de l’indice des prix à la production (IPP), principal critère retenu pour comparer la compétitivité des coûts des entreprises, l’OFCE note qu’il a augmenté aux États-Unis de 2,1 % par an sur les deux dernières décennies, contre seulement 1,3 % en France, 1,2 % en Allemagne et 1,6 % en Italie.
En détail, le coût des consommations intermédiaires apparaît comme le premier facteur de croissance des prix de production et il reste peu ou prou identique en Europe et aux États-Unis. La relative modération des prix de production en Europe par rapport aux États-Unis s’explique donc, selon les auteurs de l’étude, par des baisses de marges et des politiques salariales moins dynamiques. Une politique qui a permis de préserver la compétitivité-prix des entreprises européennes mais qui « pourrait à terme dégrader leur compétitivité hors-coût (…) en affaiblissant leurs capacités d’investissement et d’innovation », précise l’OFCE.
… et hors-coût
Si la compétitivité-coût est préservée vis-à-vis des États-Unis grâce à de gros efforts de marges, la compétitivité hors-coût décroche. Un décrochage qui s’explique, avant tout, par un sous-investissement déjà à l’œuvre. On note ainsi que les États-Unis investissent en R&D (secteur public + secteur privé) autant que les 27 pays de l’UE et la Chine réunis et, relèvent les auteurs de l’étude, l’écart est encore plus sévère si l’on ne s’intéresse qu’aux investissements privés.
La part des investissements privés dans le PIB des États-Unis ressort ainsi à 2,83 % alors qu’il n’est que de 1,48 % au sein de l’UE. Une situation qui se traduit par un investissement européen principalement axé sur des secteurs industriels déjà matures au détriment des secteurs plus innovants.
Les 5 plus gros budgets de R&D européennes sont ainsi trustés par les constructeurs automobiles historiques (Volkswagen, Mercedes, BMW…). Dans le top 10, une seule société informatique apparaît : SAP.
A contrario, les 5 plus gros budgets R&D américains sont tenus par des sociétés d’informatique âgées de moins de 50 ans (Alphabet, Meta, Apple…). Seule une entreprise centenaire, Johnson & Johnson est présente dans le top 10 américain.
L’Europe est ainsi largement absente des technologies de rupture (IA, informatique quantique…) qui offre les perspectives économiques les plus intéressantes. Pire, les profils de spécialisation des grands pays européens apparaissent fragmentés, chacun se concentrant sur ses pôles d’excellence. « La France se distingue par une expertise marquée dans la cybersécurité et l’énergie nucléaire, tout en partageant avec ses partenaires européens une certaine spécialisation dans les énergies renouvelables et les technologies spatiales. Aucun pays, hormis la France dans le domaine de la cybersécurité, ne dépasse la référence américaine dans les technologies numériques critiques », précise l’OFCE, avant de conclure que sans stratégie industrielle à l’échelle du continent, l’Europe ne pourra jamais rattraper son retard.
Crédit photo : Jenson