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Obligatoires depuis 2024 pour toute demande de subvention de rénovation d’ampleur, les professionnels agréés Mon Accompagnateur Rénov’ (MAR) se sont rapidement déployés sur l’ensemble du territoire pour répondre à l’essor de la rénovation énergétique, soutenue par l’Agence nationale de l’habitat (Anah).
Mais depuis le printemps 2025, la dynamique est « cassée », déplore Sebastian Ruiz, président de la communauté des MAR, cité par l’AFP. En cause : l’arrêt du dispositif MaPrimeRénov’ Parcours accompagné durant l’été 2025, puis sa réouverture, fin septembre, réservée aux seuls ménages modestes et très modestes. Une décision qui a entraîné une chute du nombre de dossiers déposés à l’Anah et un effondrement de l’activité pour les accompagnateurs.
Des dossiers en chute libre
Avant mai 2025, l’Anah recevait chaque mois 10 000 nouvelles demandes d’aides MaPrimeRénov’ pour des rénovations d’ampleur. Depuis la réouverture du guichet, le 30 septembre, seuls 6 898 dossiers ont été déposés, dont une part importante de projets restés en attente durant l’été.
Sur le terrain, le ralentissement est brutal. À titre personnel, Sebastian Ruiz traitait en moyenne « 10 nouveaux projets par mois » jusqu’à mars 2025. « Maintenant c’est à peine un projet par mois, donc 90 % de moins de prospects », explique cet architecte de métier.
Alerte sur l’emploi
Selon l’Anah, plus de 3 000 MAR sont aujourd’hui en activité, pour seulement 630 dossiers en cours d’instruction en novembre. Dans ce contexte, les tensions sur l’emploi s’accentuent. Au sein de la communauté des MAR, ce serait même un emploi équivalent temps plein sur 2 qui serait en péril, estime Sebastian Ruiz.
Le réseau RENOMAR’, qui regroupe des structures Mon Accompagnateur Rénov’, a interrogé 600 professionnels en octobre. Il en ressort que 71 % des MAR ont « déjà été contraints de prendre des mesures RH à la suite de la suspension » du guichet, tandis que le tiers restant anticipe des décisions similaires dans les prochains mois. La moitié des accompagnateurs ont déjà licencié du personnel ou envisagent de le faire.
Selon les estimations de RENOMAR’, cela représente déjà 200 emplois supprimés et une baisse de 20 % des effectifs en 4 mois au sein de son réseau, qui compte 1 000 adhérents. « Il est probable que ce nombre double d’ici janvier si la dynamique actuelle se maintient », alerte le réseau, qui estime que 1 500 emplois sont menacés à l’échelle de l’ensemble de la filière.
Délais trop longs
Le principal problème évoqué par les MAR reste le délai d’octroi de la subvention par l’Anah, ainsi que le versement du solde après travaux. Vient ensuite la difficulté à trouver de nouveaux clients.
« Il y a des entreprises qui se sont créées en 2025, qui ont investi dans du recrutement, des locaux, de la formation, qui ont emprunté, et tout d’un coup elles se sont retrouvées en négatif et sans activité », rapporte Sebastian Ruiz. Selon lui, cette situation concerne « plus de 50 » structures parmi ses 200 adhérents.
La crise ne se limite pas aux nouveaux entrants. Les acteurs historiques, bureaux d’études et cabinets de conseil travaillant avec les collectivités locales sur la rénovation de l’habitat, regroupés au sein de l’Association des consultants en aménagement et développement des territoires (Acad), subissent, eux aussi, le contrecoup du ralentissement. C’est désormais toute la chaîne de la rénovation d’ampleur qui s’installe dans l’incertitude.
Crédit photo : Igor Suka