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Sans surprise, le bâtiment s’apprête à clore une nouvelle année dans le rouge. La troisième consécutive. L’activité devrait reculer de 4 % en 2025, hors effet prix, après une contraction de 1,2 % en 2023, puis de 6,0 % en 2024, selon la Fédération Française du Bâtiment (FFB).
Cette nouvelle baisse reflète d’abord la chute persistante de la construction neuve, principal point de fragilité du secteur. La production de logements s’est effondrée de près de 40 % entre 2021 et 2024. Un rebond s’est bien amorcé en 2025, sous l’effet de l’amélioration des conditions de crédit, du plan de relance d’Action Logement et de CDC Habitat, ainsi que de l’élargissement du prêt à taux zéro. Mais le redressement reste timide. Malgré une hausse de 8,4 % des logements commencés, l’année s’achève à 283 000 mises en chantier, très loin des 360 000 observées en moyenne sur la période 1980-2025.
Emploi : une résistance relative
Dans le non résidentiel neuf, le repli de l’activité s’est accentué en 2025, avec une baisse de 6,6 % en volume, après -0,2 % en 2023 et -4,1 % en 2024. Le mouvement concerne la plupart des segments. Seuls les locaux commerciaux montrent des signes d’amélioration, encore fragiles, tandis que les bâtiments administratifs bénéficient du cycle électoral municipal.
La dégradation la plus marquée touche toutefois l’amélioration-entretien. Alors qu’une légère progression était attendue, l’activité recule finalement de 1,1 % en 2025, hors effet prix. Les ajustements successifs de MaPrimeRénov’ et des certificats d’économies d’énergie pèsent lourd sur la rénovation des logements (-1,2 %). Le non résidentiel n’est pas épargné, avec un repli de 0,8 %.
Malgré cette troisième année de crise, l’emploi résiste encore. La FFB évalue le recul à 1,5 % en 2025, salariés et intérimaires confondus en équivalent temps plein, soit environ 20 000 postes supprimés. Un chiffre qui s’ajoute toutefois aux 35 000 emplois déjà perdus entre 2022 et 2024.
2026, reprise attendue
Pour 2026, le secteur pourrait enfin entrevoir le bout du tunnel. Sans pour autant parler de véritable retournement, le redémarrage du logement neuf devrait soutenir la reprise de l’activité. Partant d’un point bas, la production dans le résidentiel progresserait de 9,5 % en volume, portée par l’individuel (+11,2 %). Dans le collectif, la reprise resterait plus mesurée (+7,5 %).
Dans le non résidentiel neuf, l’activité ne progresserait que très marginalement, à 0,5 % en volume. La bonne tenue des locaux commerciaux ne compenserait pas un immobilier de bureaux toujours déprimé, ni l’érosion de l’activité dans les bâtiments industriels. Les bâtiments administratifs feraient figure d’exception, avec une hausse attendue de 2,1 %, liée au démarrage tardif de projets en 2025. De son côté, l’amélioration-entretien poursuivrait son repli, avec une nouvelle baisse de 0,5 % en 2026. En cause, la rénovation énergétique du logement, attendue en recul de 1,3 %.
Trésoreries sous tension
Au total, le bâtiment renouerait avec une croissance modeste en 2026, à +1,8 % en volume. L’activité resterait toutefois proche de ses plus bas historiques et insuffisante pour enrayer la dégradation de l’emploi. La FFB anticipe encore la suppression de 10 000 postes, salariés et intérimaires confondus.
À court terme, un autre risque pèse sur le secteur : l’allongement des délais de paiement. Observée depuis le début de 2025, la dérive est particulièrement marquée du côté des donneurs d’ordre publics et met sous pression les trésoreries des entreprises. Une pratique jugée inacceptable par la profession, qui s’ajoute aux reports de démarrage de chantier et fragilise un peu plus un secteur déjà éprouvé.
Crédit photo : © 2008 Sean Justice