Quel est votre parcours qui vous a conduit à la tête de Kleidi ?
Simon Tabourier : j’ai suivi une formation d’ingénieur dans le BTP, à l’ESITC Caen, puis un MS Entrepreneur à l’ESSEC. J’ai toujours été attiré par les métiers de la construction et, en même temps, par l’entrepreneuriat. J’ai découvert le métier de contractant général lors d’une expérience salariée, et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré mon futur associé, Ali Kaboré, formé lui à l’ECOTEC. Nous avons chacun passé une dizaine d’années dans différentes entreprises du secteur, ce qui nous a permis d’observer de bonnes pratiques… et d’autres moins bonnes.
C’est ce qui vous a donné envie de fonder ensemble votre propre entreprise en 2019 ?
S. T. : oui, avec l’idée de faire les choses différemment, à notre façon. On voulait créer une entreprise qui reflète nos valeurs, avec un accompagnement complet et responsabilisant pour le client. L’objectif de résultat est vraiment au cœur de la création de Kleidi : s’engager sur ce qu’on livre et tenir nos promesses.
Pouvez-vous nous expliquer, concrètement, le rôle de Kleidi dans un projet de construction ?
S. T. : nous sommes un contractant général. Nous n’avons pas de production propre. Notre rôle est d’orchestrer la réalisation d’un projet de construction et de piloter l’ensemble des bureaux d’études et des entreprises qui interviennent sur le chantier. Dans nos contrats, nous nous engageons sur trois points : un prix, un délai et un cahier des charges. Contrairement à un maître d’œuvre, le client nous délègue l’intégralité de la gestion financière de son projet. Nous nous rémunérons sur la différence entre le budget alloué et l’ensemble des dépenses nécessaires au projet. Notre marge dépend donc directement de notre capacité à être performants, à maîtriser les coûts et à respecter les délais.
Sur quels types de bâtiments intervenez-vous aujourd’hui ?
S. T. : uniquement des bâtiments professionnels : activités, industriels, logistiques, et un peu de bureaux. Nous ne faisons pas de logements. Nos clients sont soit des exploitants propriétaires, soit des investisseurs dont le besoin principal est de transférer le risque administratif et financier. Nous leur livrons un bâtiment clé en main qui permet une mise en location rapide.
Quels sont les projets qui occupent le plus vos équipes aujourd’hui ?
S. T. : nous nous sommes clairement spécialisés dans la rénovation. On ne l’avait pas imaginé au départ, mais cela représente aujourd’hui 70 % de notre chiffre d’affaires. Le marché pousse dans ce sens, notamment avec les enjeux de sobriété foncière. Ce sont aussi des projets où les contraintes administratives sont parfois moins lourdes, les cycles de vente plus courts et les chantiers plus techniques, donc moins concurrentiels.
Quels types de bâtiments prenez-vous en charge ?
S. T. : nous rénovons des bâtiments très anciens, avec parfois des sujets d’amiante ou de plomb, et d’autres plus récents mais à adapter pour répondre aux nouveaux usages : modularité, coworking, mises aux normes environnementales ou ICPE… Les raisons sont nombreuses. En moyenne, ce sont des projets autour de 3 M€.
Où en est Kleidi aujourd’hui dans son développement ?
S. T. : nous réalisons 15 à 20 projets par an. Notre dernier exercice, bouclé fin août, affiche un chiffre d’affaires de 25 M€, et nous anticipons 40 à 45 M€ pour l’année prochaine. Cette croissance s’accompagne d’un renforcement de nos équipes : nous sommes passés de 11 à plus de 20 collaborateurs en un an. Nous avons également ouvert un bureau en Île-de-France il y a un an, en complément de celui de Rouen, ce qui nous permet désormais d’intervenir sur l’ensemble de la moitié nord de la France.
Avec un secteur sous tension, vous ne ressentez pas le ralentissement ?
S. T. : c’est vrai que ces deux dernières années, nous constatons un essoufflement de l’investissement global en France. Mais sur nos projets, une part importante des financements vient de fonds étrangers. Aujourd’hui, le principal frein, c’est surtout l’instabilité politique. Les investisseurs manquent de visibilité, et c’est ce qui ralentit les décisions.
Quel rôle joue l’IA dans votre organisation aujourd’hui ?
S. T. : l’IA a pris une place très concrète dans notre fonctionnement, surtout cette année. Jusqu’à récemment, j’avais l’impression que c’était beaucoup de discours, mais désormais on voit de vrais gains de productivité : des comptes rendus de chantier plus clairs, des propositions commerciales plus pertinentes, une meilleure compréhension des besoins clients. Cela nous permet de gagner du temps sur toutes les tâches répétitives et d’améliorer la qualité des livrables. On accompagne aussi cette transition par beaucoup de formation en interne et la mise en place d’outils adaptés, pour que chacun puisse être plus efficace au quotidien.
Comment vous projetez-vous dans quelques années ?
S. T. : notre ambition principale est simple : être choisis pour la confiance qu’on inspire, pas pour être les moins chers. On veut être l’entreprise qui rassure, celle avec qui un projet de 7 à 8 mois se déroule sans stress. Depuis le début, nous avons fait de la satisfaction client notre mantra, et cela nous apporte une vraie fidélité.
Après, les choses évoluent très vite. On veut rester innovants, garder notre esprit entrepreneurial, explorer de nouveaux types de projets, pourquoi pas des data centers, et rester humbles. Nous réfléchissons aussi à de nouveaux modèles, comme l’abonnement.
Pouvez-vous nous en dire plus ?
S. T. : l’idée serait d’accompagner nos clients dans la durée, notamment sur la dimension environnementale. Un modèle d’abonnement ne deviendrait jamais majoritaire, mais il permettrait de sécuriser une part de revenus dans un secteur très dépendant des appels d’offres.
Fiche d’identité Dénomination : Kleidi
Activité : contractant général
Création : 2019
Chiffre d’affaires : 25 M€
Web : kleidi.fr