Comment l’aventure de Phealing a-t-elle débuté ?
Thibault Ozenne : mon associé, Étienne Gatignol, qui était pharmacien d’officine depuis plus de 10 ans lorsque Phealing a été créée, a identifié un irritant quotidien pour les pharmaciens : le double contrôle des ordonnances. Chaque jour, pour une officine qui accueille en moyenne 100 patients, les contrôles pharmacologiques (adéquation entre le profil du patient, la prescription et la délivrance) et réglementaires (validité de l’ordonnance, prescripteur autorisé à prescrire, etc.) de l’ordonnance prennent environ une heure. C’est une étape cruciale pour éviter le risque médicamenteux (mauvaise posologie, interactions médicamenteuses, etc.) qui survient régulièrement en officine, notamment parce que les pharmaciens ne sont pas toujours disponibles pour vérifier chaque ordonnance. Ingénieur de formation, je me suis associé à lui pour développer Phealing et apporter mes compétences en nouvelles technologies.
Quel est le premier produit que vous avez proposé aux officines ?
T. O. : à partir de ce constat, nous avons développé Secur.IA, une application qui rend à la fois automatique et instantané ce double contrôle. Ce logiciel d’aide à la dispensation est directement connecté au logiciel de gestion d’officine (LGO). Il se présente sous la forme d’une pastille sur l’écran d’ordinateur, qui est verte lorsque tout fonctionne bien et devient rouge en cas de problème. Le logiciel analyse les ordonnances en temps réel et alerte le pharmacien en cas de problème pharmacologique ou règlementaire. Secur.IA a été mise sur le marché fin 2022, après 3 ans de R&D.
Proposez-vous d’autres solutions aux officines ?
T. O. : depuis cet été, nous avons mis à disposition des pharmaciens un nouvel outil, dans la continuité du premier. Il s’agit de Posolog.IA, qui permet de retranscrire sur des étiquettes la posologie grâce à l’IA, avec des indications simplifiées pour que le patient (com)prenne plus facilement son traitement. C’est un outil particulièrement utile pour les patients polymédiqués, par exemple. Cette étiquette est aussi un relais d’information pour éduquer les patients puisqu’elle comprend un QR Code, qui renvoie vers du contenu d’éducation thérapeutique, aide à la prise de conscience des effets indésirables, apporte des conseils sur les médicaments à associer ou non, etc. Le pharmacien a aussi la possibilité, s’il le souhaite, d’ajouter des liens URLs spécifiques vers des contenus utiles à son patient.
Quel est votre modèle économique ?
T. O. : nous fonctionnons sous forme de souscription à des abonnements mensuels ou annuels. Par exemple, notre pack qui comprend Secur.IA et Posolog.IA est proposé à un prix mensuel qui débute à 49 € HT.
Quelles sont les plus belles réussites de la société à date ?
T. O. : nos solutions convainquent 4 utilisateurs sur 5. Après avoir essayé nos logiciels, 80 % des pharmaciens y souscrivent ! Les équipes officinales économisent 75 % de temps sur le double contrôle de l’ordonnance : au lieu de passer 1h à vérifier les ordonnances, Secur.IA réduit ce temps à 15 minutes. Nous avons estimé que dans chaque pharmacie que l’on équipe, Phealing alerte 2 erreurs par jour qui auraient pu entraîner un risque réel pour le patient. Nous le devons à l’hyperspécialisation de notre modèle d’IA, ainsi qu’à notre base de données d’entraînement. En effet, grâce à notre investisseur principal, Cegedim, nous avons accès à la base de données Claude Bernard, qui est particulièrement complète.
En dehors de la performance, quels sont les principaux atouts de vos solutions ?
T. O. : nous avons développé notre propre modèle d’IA, de type Language Model (LM). Cet outil a été entraîné uniquement sur des prescriptions, il est donc à la fois hyperspécialisé et peu énergivore, contrairement à des solutions attenantes à des modèles généralistes, de type Large Language Model (LLM). Ainsi, notre empreinte écologique est limitée, et nous pouvons proposer des abonnements à des tarifs abordables pour nos clients, puisque nos coûts de stockage et de fonctionnement sont maîtrisés.
Par ailleurs, nous avons la particularité de proposer une solution souveraine, 100 % made in France. Les données sont stockées en France et en Europe et infogérées par un acteur français pour la sécurisation des données de santé des patients. Nous respectons ainsi les normes HDS.
Quelles sont les prochaines étapes pour Phealing ?
T. O. : nous sommes en train de finaliser la version bêta d’une nouvelle application : Consult.IA. Cette solution permet de consulter son patient grâce à l’IA. Elle sera commercialisée début 2026 afin d’accompagner le pharmacien dans ses nouvelles missions et plus particulièrement les bilans partagés de médications, de manière autonome. De nouveau, l’application gère tout : de la prise de rendez-vous, en passant par la réalisation de l’entretien, puis l’envoi du compte-rendu au médecin jusqu’à la facturation dans le logiciel métier du pharmacien.
D’après vous, quelle place prendra l’IA en officine dans 5 ans ?
T. O. : l’IA va permettre aux pharmaciens de faire des choses qu’ils n’auraient jamais fait sans. C’est vrai pour le double contrôle d’ordonnances que toutes les officines n’ont pas les moyens humains de réaliser, mais également le cas pour les étiquettes de posologie qui existent depuis très longtemps, mais apparaissent comme une tâche de plus à réaliser dans un quotidien déjà bien chargé. Ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres. L’humain est le cœur de métier des officinaux. L’IA va accompagner leur métier en profondeur et les aider à passer d’une pharmacie logistique à une pharmacie clinique.
Fiche d’identité Dénomination : Phealing
Activité : développement d’applications intégrant l’IA pour les officines
Création : 2019
Effectif : 14 personnes
Web : www.phealing.fr